samedi 17 novembre 2007

Considérations sur les habitudes

Mercredi 14 novembre 2007.

En période d’examen, il convient d’être raisonnable, et de cesser toute activité nocturne afin de récupérer un cycle de sommeil stable et réparateur.

En théorie.

En pratique, il est très difficile de revenir sur ses habitudes, tout autant qu’il est difficile d’en prendre des bonnes.

Je n’ai jamais aimé le matin. La sonnerie du réveil est une violence insupportable qui me cause un stress démesuré. Le fait de se réveiller contre son gré est déjà une violence en soi. Les premières actions ne sont alors qu’une série d’agressions : le froid de la chambre dès qu’on sort du lit, le froid de l’eau, les voix stridentes des publicités à la radio, le buzz du gaz ou du micro-onde, le son clair de la cuillère dans la tasse, le grille-pain qui éjecte ses toast. Il est difficile de trouver un moment de paix le matin. Heureusement, les italiens ont le remède à ces inconvénients. Le café. Le café fait désormais partie intégrante de mes habitudes ; je ne sais pas comment j’ai pu faire pour vivre sans jusqu’à présent, et je n’imagine certainement plus m’en passer. Laissez-moi traduire la réalité décrite par ce mot bien connu. L’Espresso italien n’a rien à voir avec l’Expresso français. Un café, ce sont deux gorgées d’un brevage noir au goût amer puissant. Deux gorgées d’une véritable potion magique à réveiller un mort. Deux gorgées de calme, idéales pour commencer une journée, clore un repas ou relancer une soirée. Deux gorgées seulement pour reconcentrer pleinement votre attention entre deux heures de cours, ce même contre votre gré (et malgré un lendemain de soirée…disons arrosée.) à 70 cts la tasse, le café est une habitude aussi économique que désormais indispensable.

L’apéritif est très vite devenu une habitude, dès les premiers jours. C’est LE moment de détente privilégié de la journée, directement à la sortie du travail ou des cours, ou après la petite heure de sport (très sportifs les italiens, très), on se retrouve entre amis entre 19h30 et 21h00. Chacun consomme selon son humeur, j’avoue avoir développé une certaine addiction au Chianti. Ça ne peut pas faire de mal.
La fraîcheur de l’automne et le changement d’heure ont bien sûr signé la fin de l’apéro version estivale que vous connaissez vous aussi. Ce soir pourtant, pour la première fois depuis un bon moment, je suis allée prendre l’apéritif avec quelques amies. Un verre de vin, quelques « pizzette », et une heure de discussions futiles et amicales, sur tout, et surtout n’importe quoi. Une heure de vacances au milieu des études, et la chaleur du vin pour rappeler la douceur de l’été, qui reviendra. C’était simple et naturel, rassurant, décontractant. Comme une habitude.


Je prends toujours le même chemin pour aller et revenir de l’université, ce même chemin que j’ai décrit dans « nulla di nuovo sotto il sole ». Je le connais maintenant par cœur, et je ne me laisse (presque) plus surprendre par les caprices des pavés. J’ai l’habitude de ces rues, je sais où poser les pieds, à quelles heures la foule est trop dense, combien de temps il me faut pour me rendre d’un point à un autre, à quelles heures la vue depuis le jardin du Tolomei vaut le détour. J’ai l’habitude de ce chemin que je connais par cœur, et pourtant, je continue de marcher les yeux en l’air, à regarder se déployer les façades et se provoquer les gouttières, maladroitement alignées, face à face tant bien que mal alors que les rues tordent et se plient de manière insolente. Je continue de lancer les yeux à droite, à gauche, où je sais qu’une ruelle se dérobe sous des porches fleuries, où je sais que des escaliers pavés s’enfuient vers les sommets, où je sais qu’une fontaine sépare trois portillons. Je remarque toujours l’entrée du quartier général de la Contrada de L’Onde ; surtout quand le drapeau est sorti ; s’il y a un ruban bleu, c’est qu’un garçon est né. S’il est rose, c’est une fille. Si le drapeau est en berne doublé d’un fanion noir, c’est qu’un contradaiolo est décédé.
En entrant dans le jardin du Tolomei, je regarde toujours derrière moi, sur la gauche, sur la ville qui se réveille aux premiers rayons du soleil. Et puis, devant la Toscane, je m’arrête, souvent, si je ne suis pas en retard. Je prends le temps de graver ce tableau dans ma mémoire, en sachant que dans deux heures, lorsque la lumière aura changé, il ne sera déjà plus le même.
Oui, j’ai l’habitude de ce chemin. Mais à la beauté de cette ville, à la magie de ces rues, je ne me suis toujours pas habituée.

Ma vie à Sienne est à l’image du trajet que j’effectue tous les jours. J’y ai mes marques et mes repères, mes habitudes. Et je ne cesse pourtant de m’émerveiller chaque jour de mes découvertes, de ces nouveautés qui m’étonnent toujours.

J’avais dit que je n’écrirai pas cette semaine, parce que je n’avais rien de neuf à raconter ; je n’ai rien fait de remarquable, rien vécu d’exceptionnel. Simplement, une semaine ordinaire… habituelle.

C.



2 commentaires:

Piero a dit…

Il caffè. Dai. Le retour en France sera difficile...

J'ai passé trois mois à Florence sans pouvoir non plus m'habituer aux lieux, i.e. sans m'en lasser. C'était vraiment beau et ça me manque !

Célimène a dit…

mmmm... Quel retour en France ? (c'est quoi la France ?)

;-)