La dinde, c’est moi, et avec mes plumes, j’écris. Sans prétention, sans ambition, j’écris par envie, j’écris par passion. J’écris d’abord pour moi, puis pour ceux qui liront. J’écris sur la Toile comme on jette une bouteille à la mer, qui bien que lancée au hasard, trouve son destinataire…
Bonne lecture...
WHAT'S UP : La dinde a fait son nid à Paris... Il est grand temps de se secouer à nouveau les plumes !
Ouf, il s’en est fallu de peu… L’année s’achève, et à l’heure du bilan, je l’ai échappé belle !
J’avais ambitieusement décrété que l’année 2008 serait « l’année du choix », et placé en tête de mes bonnes résolutions celle de choisir une voie à suivre après la quatrième année. N’ayant pas avancé d’un iota dans mes réflexions quand se pointa juillet, je commençais à avoir des sueurs froides quand vint finir septembre… Je m’accrochais à une suggestion fort opportune d’un proche (auquel je confère une autorité morale) comme on s’accroche à une bouée de sauvetage. Oui ! Par ici ! Je me noie ! Deux mois de réflexions supplémentaires m’auront permis d’opter pour cette solution. A la mi-décembre ! Résolution tenue. Décision prise. C’est évidemment à l’aune de cette nouvelle donne que je m’apprête à prendre des résolutions pour l’année 2009.
Mais avant, il convient bien entendu de faire le bilan de l’année achevée. Dieu que ces quelques lignes seront bien insuffisantes à rendre justice à cette année extraordinaire. 2008, c’était tout d’abord Nouvel An à une table sicilienne, une expérience unique et inoubliable. 2008, c’était le carnaval à Venise, et surtout, à Vérone. C’était un printemps à l’université de Sienne, un springbreak en Calabre, un week end à Rome, et Pâques en Sicile, avec ses processions des fêtes saintes et sa gastronomie divine (pour les papilles !). 2008, c’était Sienne, ses contrade, son Palio. Indescriptible jour d’euphorie et de tristesse. 2008, c’était la cour des grands à la rentrée, le club des blasés dépressifs. Mais c’était aussi Madrid (on a vu Roger Federer) et Paris. 2008 est passée si vite, et pourtant, elle fut bien remplie. Une année où pas un jour ne fut perdu. Et d’ailleurs, j’ai été bonne élève en 2008, si l’on se reporte aux résolutions prises :
Outre le choix de carrière (n#5), j’ai également, enfin et pour la première fois, réussi à tenir la n#7 : étudier REGULIEREMENT ! Il m’aura fallu plus de dix ans, mais ça y est, le concept de l’organisation personnelle, j’ai adopté. Et avec succès ! J’en veux pour preuve la réussite de mon premier semestre presque achevé (partiels mardi !). Je n’y aurais pas survécu sans une organisation rigoureuse assise sur un travail régulier. Quelle victoire, je n’en reviens pas moi-même. C’est du même coup la n#14 qui est également honorée : ne pas remettre au lendemain…etc.
Carton plein également dans les grands principes et les résolutions générales ; mais ça, c’est plus facile, bien sûr. Haut la main donc pour les n#1, 2, 4, 12, 13, 15, 16 et 17. C’est la deuxième année consécutive. Inutile donc de les reconduire : elles sont passées dans les habitudes…
On repassera en revanche pour la n#11 : je refuse toujours de communiquer mon numéro de téléphone fixe à quiconque (d’ailleurs, je ne le connais pas moi-même), je serre les dents pendant tout le trajet si je suis montée à l’avant d’une voiture, et je continue à chronométrer mon quotidien, recalculant mon emploi du temps à chaque déconvenue tel un GPS laissé allumé par inadvertance… « control-freak » en puissance, et toujours pas désamorcée. Peut mieux faire.
En langues étrangères, si l’objectif « 4 fluent » n’est pas atteint, j’en suis à « 3 fluent », ce qui n’est déjà pas mal (français non compris.) Objectif reconduit pour inclure la petite dernière d’ici à la rentrée prochaine.
Il reste la n#10. « Prendre le temps ». Diable, qu’elle est sérieuse, si son problème principal est de ne pas savoir « prendre le temps ». Le problème, en vérité, est autre. Il y a toujours, dans l’emploi du temps de l’étudiant, une part irréductible d’obligatoire. Ce qu’il « faut » faire, à peine de sanction. Devoir à rendre, examen à préparer, exposé, cours auxquels il faut assister, la liste est longue, et surtout, indéterminée. C’est un fait, les journées sont limitées, et le sont d’autant plus par les horaires d’ouverture pour le moins totalitaires des bibliothèques. On ne peut donc pas TOUT faire, au grand dam des perfectionnistes, et des bonnes volontés (les seconds étant plus nombreux que les premiers). Par « prendre le temps », j’entends arrêter de me facturer à moi-même le prix des contraintes imposées qui ne sont pas de mon ressort. Je ne peux pas faire mieux dans le temps imparti, parce que ce n’est pas une heure de boulot en plus ou en moins qui changerait quoi que ce soit à l’affaire : c’est une lecture en plus ou en moins qu’il faudrait. Ce que je ne peux pas faire, pour diverses raisons (bibliothèque pas ouverte, ou l’est pendant mes heures de cours, ou n’a pas l’ouvrage qu’il me faudrait, etc…). Prendre le temps, c’est redessiner la limite de la part d’obligatoire, sans culpabilité. Ne pas attendre d’être au bord de la crise de nerfs pour tout lâcher et aller faire 20 longueurs à la piscine « pour se défouler ». Ne pas attendre de lire sans plus distinguer les pages pour refermer le tout et partir au cinéma. Devant son frigo dégarni, ne pas choisir obstinément pâtes « parce que ça cuit vite » (plus vite je mange, plus vite j’y retourne) et prendre le temps de cuisinier.
2009, ce sera « prendre le temps » de faire tout ce que je remets constamment à un « plus tard » lointain, indéterminé, un « après ». Et au premier plan : lire et écrire. Lire, ces livres qui prennent la poussière sur mon étagère, récupérer entre leurs pages les marques pages abandonnés. J’avais promis de les finir « plus tard ». La plupart n’ont jamais été commencés. Ecrire. J’ai trop d’amitiés en suspens, qui n’attendent que d’être ravivées par une lettre spontanée, venant rompre le silence. Que deviens-tu ? Voilà qui je suis. Des semaines, des mois, parfois des années nous ont séparés. Autant de distances qu’il est aisé d’effacer d’un trait de plume. 2009, reprise de la correspondance. Je vais renflouer le capital de la Poste à moi toute seule.
2009 est une année charnière. Son premier semestre scellera la fin d’une époque. Son dernier trimestre, le début d’une autre. Si tout fonctionne, 2009 sera ma dernière année à Lille. Je veux me laisser le temps de la quitter. Le premier semestre sera tout naturellement consacré à la fin des études : tête dans le guidon, dernière ligne droite, on donne tout ce qu’on a. Plus que quelques mois à souffrir l’absurdité des évaluations et la contrainte scolaire gluée à l’enseignement. On y est, je vois le sommet. L’été sera une transition : objectif stage, fenêtre sur ce que pourrait (pourra ?) être un futur pas si lointain. Et la rentrée ? Inconnu total, épilogue d’une vie d’étudiante. Je ne sais pas. Je ne veux pas savoir. C’est une surprise ! 2009, année charnière, en réservera plus d’une, en dépit de mes tentatives désespérées de contrôle. Tant mieux ! Sinon, ce s’rait pas drôle…
Résolutions 2009
Titre I : Les Grands Principes
N#1 : Prendre des bonnes résolutions
N#2 : Les tenir.
N#3 : Prendre le temps !
N#4 : « Appuyez vous sur les principes, ils finiront bien par céder. » Oscar Wilde.
Avoir des principes, c’est bien. Savoir s’en détacher à l’occasion, lorsque les circonstances l’exigent, c’est mieux.
Titre II : Défis et Challenges.
N#5 : Soigner mes langues étrangères, écrit et oral : objectif 4 fluent.
N#6 : Trouver un stage en RH dans le privé pour l’été.
N#7 : Objectif Grand O : priorité studieuse pour le 1er trimestre 2009.
N#8 : Reprendre la plume.
Titre III : Prendre le temps.
Prendre le temps de lire. Tout ce qui me chante !
Prendre le temps d’écrire pour moi, et pour les autres : reprise de la correspondance.
Prendre le temps de faire du sport : ce n’est pas un passe-temps mais une exigence sanitaire. Non, je n’ai rien de plus important à faire que 20min de jogging ou une demi-heure de piscine. Alors exécution !
Prendre le temps de sortir : cinéma, théâtre, sorties culturelles sont des investissements (au propre comme au figuré !)
Prendre le temps de se faire plaisir : les soirées rock ne sont pas facultatives !!!
Prendre le temps de profiter de Lille et de la dernière année « étudiante » à Scpo. Il n’y aura pas de session de rattrapage… En 2009, une page se tourne. Attention, ça fait mal. C’est un livre que je ne relirai plus.
A Sciences Po Lille on aime bien se déguiser… C’est un peu le sport national. « Twins », « Racaille contre Versailles », « Lille de la Tentation », « Soirée Jacky », « Où est Charlie », ce ne sont généralement pas les idées qui manquent, pour qui veut bien se prêter au jeu. Et dans la famille B., l’art de se déguiser est inscrit dans notre patrimoine génétique. « Le moyen âge », « la préhistoire », « fruits et légumes », « Espagne », « Canada », « Italie », et ce sont petits et grands de bien avant 7 à bien plus de 77 ans qui se rient du ridicule, à la barbe des conventions. En matière de déguisement, rien n’est interdit. Et pourtant, pourtant, le thème de ce soir me laisse plus que songeuse. « Dans dix ans ». Merci les filles, quelle élégante manière de me renvoyer à ma bonne résolution 2008, celle que je n’ai pas su tenir. Que faire de ma vie ? Me projeter dans dix ans c’est incidemment apporter un élément de réponse à la question qui ne cesse de me tourmenter depuis bien des années… Et l’échéance approche, et toujours aucun panneau indicateur opportunément libellé « PAR ICI ». Ce que je serais dans dix ans ? C’est une excellente question. Mais parce qu’il va bien falloir que j’aille à cette soirée décemment grimée afin d’honorer ma réputation, tentons en quelques heures d’imaginer un scénario plausible.
Où serai-je dans dix ans ? Probablement pas en France. Ou alors, à Paris, entre deux avions. Un petit appartement parisien, où m’attendra le courrier de cinq mois. Il sera sommairement meublé par des antiquités ramenées de mes voyages. J’aurais vécu en Asie, voyagé en Afrique, séjourné en Amérique. J’habiterai en Europe. Il y a bien longtemps que je ne considère plus mes résidences temporaires comme un « chez moi » ; dix ans auront tôt fait d’aggraver ce phénomène.
Qui serai-je dans dix ans ? Une jeune femme active, hyperactive sans doute, le téléphone à une oreille, mon agenda électronique dans la main, cherchant de l’autre main mes clefs de voitures dans mon sac ; clefs qu’évidemment je ne trouve pas puisque ce sac à main contient tout une vie, mais peut importe, je ne sais plus où je suis garée, je suis en retard, je vais prendre un taxi. Mais c’est la vie que j’aurai choisie. Quel autre futur attend l’étudiante « surbookée », toujours volontaire, toujours partante, celle qui accumule les tâches et les responsabilités ? Nous ne sommes qu’à la mi-novembre et je suis déjà à genoux,rattrapée par les échéances auxquelles j’ai consenti ! Parce que c’est ma façon de vivre, à 100%, employer chaque minute de mon emploi du temps, métro boulot sport resto ciné dodo. C’est ma façon de défier le temps qui passe toujours trop vite quand je voudrais qu’il traîne, c’est de cumuler les activités pour tout faire, tout ce que je veux, et tant pis si les nerfs lâchent de temps en temps : c’est le prix à payer pour vivre malgré le temps. Et oui, j’estime même avec le recul que « péter les plombs » un jeudi soir après avoir mené un rapport de stage, une campagne électorale, trois exposés et deux dissert de front, c’est un prix acceptable. Oui, j’arrive un jeudi matin à me recoucher à 11 heures, épuisée, parce que voilà trois soirs que j’enchaîne apéro-dîner-soirée, lever aux aurores pour bosser, et qu’il arrive un moment où le corps dit non ; on recharge les batteries à coup d’heures de sommeil volées aux heures de la journée, on change les fusibles à coup de chocolat, de tours de parcs et de tasses de thé, et ça repart…
Avec qui serai-je dans dix ans ? Pas plus tard qu’hier, un ami pariait pour un mari et deux enfants… Je pense qu’il va perdre son pari. J’aime trop être seule pour envisager de renoncer à cette liberté à si brève échéance. J’aime beaucoup trop improviser, changer mes plans, changer de vie, rencontrer des gens, changer de cadre, changer de « groupe », changer de pays, changer tout court, que je ne vois pas qui pourrait s’accommoder d’une telle instabilité ; ce ne serait pas juste. Par ailleurs, et surtout, je ne pense vraiment pas pouvoir supporter moi-même un élément de stabilité tel qu’un mari. (Ne parlons même pas des enfants !) Je pourrais, mais pour combien de temps ? On me dit souvent « tu changeras d’avis », à l’affirmative, comme si c’était une loi naturelle, une obligation. Je ne sais pas. Peut être. Sans doute. Qui sait ? Mais je sais ce que je veux, et un mari n’en fait pas partie.
Qu’est ce que j’aurais fait dans dix ans ? J’aurais fini mes études. OUF ! C’est un fait, je serais dans la vie active. Mais depuis combien de temps ? Je viens à peine d’obtenir mon doctorat en droit public. Je serais commissaire du gouvernement –ironie de la vie, finir à ce poste après avoir fait de ce commissaire le bouc émissaire de toutes mes dissertations de droit public jusqu’au master ! Je serais professeur, maître de conférence à scpo Lille (qui viendra tout juste d’emménager dans ses nouveaux locaux.) Non. Après un stage long en entreprise, je suis embauchée en septembre 2010. Deux ans plus tard, c’est l’expatriation ; et là commence la longue liste de mes déménagements successifs, aux quatre coins du monde, là où l’entreprise se développe. Novembre 2018, je suis à Paris, Julia m’appelle pour m’inviter à sa pendaison de crémaillère, vendredi 20. Je saute dans le TGV. Voilà pourquoi je débarque en tailleur avec mon attaché-case, à parler espagnol au téléphone (avec le décalage horaire, c’est la bonne heure pour appeler Santiago). Je m’excuse de ne pas pouvoir rester, je pars de Roissy demain après midi (séminaire à Hong Kong !). Ou encore, (plus réaliste), j’enchaîne les stages et les périodes de recherche d’emploi. J’évacue la frustration de ces jours sans bonnes nouvelles en poursuivant l’écriture de mon roman, que je réussirai finalement à publier, à peu près au même moment où je trouverai un travail. Je m’installe à Paris, dans un petit appartement mal rangé, noyé sous les brouillons de mes deuxième et troisième livres, que j’aurai évidemment commencés en même temps. Avocate spécialisée en droit des étrangers, je mettrais tout mon zèle à attaquer les APRF, OQTF et tenter d’empêcher la déportation des victimes du M3I (dont l’activité ne devrait pas décroître d’ici dix ans.)
Dix ans me semblent une éternité, et pourtant, c’est après demain. Il y a tellement de possibilités, et je ne sais pas laquelle choisir. Je suis incapable d’établir une hiérarchie de préférences entre ces hypothèses. Mais il y a des constantes : l’indépendance –je n’utilise pas « solitude », parce que c’est connoté négativement, c’est perçu comme une fatalité alors qu’au contraire, j’en fais le choix ; etce n’est pas facile de se dégager des moments de solitude dans la société d’internet et du téléphone portable. A moins d’être asocial, et ce n’est pas mon cas, la semaine est vite passée entre un dîner chez truc, un verre avec machin, un ciné avec bidule, et une crémaillère le vendredi… ! Il y a l’écriture, qui va nécessairement avec « l’indépendance » : avoir le temps, prendre le temps d’écrire, c’est aussi prendre le temps de trier ses pensées, ses souvenirs. Quand on raconte à quelqu’un, on exprime ses émotions. Quand on les laisse décanter à l’intérieur, on les transforme en matière brute, à travailler à la plume… La troisième constante, c’est le voyage. Bouger, visiter, voir, voyager, ce sera un impératif. Et si ce n’est pas par nécessité professionnelle, alors ce sont mes cinq semaines de congés payés qui y passeront. Mais quoiqu’il arrive, je ne resterai pas toute ma vie en France, à parler français. C’est fort peu probable. Quatrième constante…hyperactivité. Quoiqu’il arrive, je vais occuper mon emploi à outrance, au-delà de mes capacités. Ça a toujours été le cas, je ne vois pas pourquoi dix ans de plus m’ôteraient cette habitude. Personne n’a jamais le temps, il faut le prendre, et je me sers allègrement quand il s’agit de se rendre utile, d’être volontaire, d’essayer, de s’amuser.
Hum… Voilà plus d’un an que je me pose sérieusement la question de « l’après ». Il était évident que je n’allais pas la résoudre en arrêtant un déguisement pour ce soir. Mais parce qu’il va bien falloir que je me déguise, il va bien falloir que je choisisse…au moins provisoirement… Histoire d’avoir, par l’intermédiaire des réactions des autres invités, au moins une réponse : et eux, où me voient-ils dans dix ans ?
Quelque part sous les combles, au dernier étage du 12-14 de la rue Jean Sans Peur, trois agents sont plongées dans une conversation des plus sérieuses. Des volutes de fumée s’échappent de trois tasses pleines de café brûlant. L’odeur est saisissante, elle couvre celle du papier sec. Une lumière grisâtre perce à travers les épais nuages de ce morne jour d’été. Au premier abord, les agents semblent échanger des informations concernant une pile de dossiers qu’ils dissèquent minutieusement devant eux, mais le témoin novice n’y entend goutte. Les propos sont cryptés par une sorte de code que seules ces agents surentraînées connaissent, et comprennent.
« -Vous avez quoi ? -Bersee, donc CCTP, mais là, loi intercom, rien à voir, et détachement -vous êtes sure ? S’enquiert la deuxième. -Non non, moi je penche plutôt pour une loi Sapin, interjette une troisième. -Loi Sapin ! Il perd son CDI alors, reprend la première. -Pas forcément, s’il y a une vacance ? -Même, indice 1081, en mise à dispo ! -indice 1081 ! s’exclame la deuxième, alors on y va. -avec quoi ? Loi sapin ? Non lieu. -alors on y va au bluff. -au bluff ! -parfois, il faut. »
La troisième ne s’en remet pas, mais devant le visage emprunt de triste détermination de la seconde, elle cède.
« -bon ensuite alors -là, saisonnier occasionnel -non soumis ! -je sais, je leur fait une lettre. -bon ensuite ! -maison folie. -encore ! ah non, on reste couché. -mais c’est un recrutement sans vacance -alinéa 1, couché j’ai dit ! »
Bien malgré elle, la première s’incline. Et la discussion reprend.
Et la pile de dossier se dissout au fil de cet étrange conciliabule, dans cette langue si particulière alliant jargon technique, imbroglio juridique et acronymes divers et variés. Etait-ce une partie de poker ? Etait-ce un round de Kamoulox ? Etait-ce… une réunion de travail ?
Notre observateur, perplexe, n’en saura jamais rien. A vous de juger.
Exercice de style imposé, la dinde s'emploie à la rédaction de son rapport de stage court. Aucun sujet ne rebute a priori l'inspiration, pas même la question de la légalité des marchés publics. La preuve par cet essai d'introduction, version immédiatement déclinée par le professeur maître de stage. "ah non non non...'Faut rester juridique !" On me brime, on me réprime, on casse ma créativité. Afin que ce chef d'oeuvre en devenir n'aille pas moisir dans le carton de mes brouillons, je le soumets au jury impartial de l'internaute égaré sur la toile. Rester juridique...tsssss... l'autre hé !
Introduction
De l'efficacité du contrôle de la légalité des marchés publics.
"L’Etat à votre service dans le Nord» peut on lire sur le site Internet de la Préfecture ; pourtant, l’imposant édifice, répondant au somptueux Palais des Beaux Arts place de la République, inspire davantage l’idée de puissance, de majesté, que celle de « service ». La Préfecture, siège des services déconcentrés de l’Etat, et demeure de son représentant, le préfet. Qu’il nous soit permis de relever ici encore une symbolique contradictoire ; entre l’expression « services » déconcentrés et la métaphore classique explicitant l’idée de déconcentration : « c’est toujours le même marteau qui frappe, mais le manche est plus court. » Puissance, contrôle, pouvoir. Etrange paradoxe. Intrigué, le curieux s’en ira poursuivre son investigation de terrain au 12-14 de la rue Jean Sans Peur, siège des services n’ayant pu établir résidence au palais de la République. Le quidam ayant franchi le cerbère des grilles devra encore traverser la verrière afin d’accéder enfin à l’intérieur de la place forte : un atrium au plafond insaisissable, fourmillant d’individus –les fonctionnaires du lieu étant reconnaissables à leur pas pressé et énergique : eux seuls semblent savoir où ils vont. Les autres tentent bon an, mal an de trouver leur chemin, s’aidant des panneaux indicateurs rendus illisibles par l’emploi d’obscures acronymes indéchiffrables : « DRCT – 3E. SGAR -2E – FPT – LP – 3E-1E. »Leur quête est vaine. D’autres encore viendront gonfler les files d’attente artistiquement déroulées le long d’une corde de velours. Une fois encore, l’idée de service se perd dans la réalité du lieu, qui ne va pas sans rappeler le labyrinthe bureaucratique qui eut raison des nerfs du brave Astérix dans son aventure en Légionnaire.
Mais l’étudiant en sciences politiques se distingue du quidam en cela qu’il sait ce qu’est et comment fonctionne une préfecture, et ne se laisse ainsi ni impressionner par l’imposant et le sacré, ni décourager par l’apparente complexité de l’ensemble. Au contraire, il ne cache pas son enthousiasme face à la perspective d’infiltrer un service, et de découvrir l’envers de ce décor que nous achevons de décrire. Pourquoi un stage au sein de la Préfecture du Nord ? Parce que l’on prête à cette institution tant de représentations imagées et de stéréotypes que la vérité s’y noie ; et qu’il est difficile pour l’étudiant en pleine réflexion quant à son projet professionnel de juger ou choisir en l’absence d’éléments concrets. Il fallait aller constater ce qu’est une administration, comment fonctionne-t-elle dans la pratique, après l’avoir lu et appris dans le confort des bibliothèques. Il fallait se confronter à la réalité du quotidien du fonctionnaire, de la main qui œuvre chaque fois que « l’Etat » agit, pour pouvoir appréhender avec le recul nécessaire l’éternelle critique de « l’efficacité de l’administration ». Ce stage fut également l’occasion d’acquérir une expérience professionnelle – la première – et par là même de mettre en pratique une série de connaissances acquises sur les bancs de l’école. Et il ne s’agit pas là d’une expérience anodine : la confrontation avec le monde professionnel est un véritable test pour l’étudiant, d’un tout autre genre que le partiel semestriel –autant que les prises de paroles en public diffèrent en tous points du sempiternel exposé. Méthode, rigueur, assurance et responsabilité seront les maîtres mots de ce court séjour loin des habitudes universitaires. On passe de celui qui apprend à celui qui applique ; on cesse d’être seul à subir les conséquences d’une mauvaise décision, pour porter une responsabilité vis-à-vis du service, de son chef, jusqu’au Secrétaire Général, signataire des recours gracieux faxés aux communes. On passe d’un monde où l’on se trompe pour mieux apprendre à un monde dans lequel l’erreur n’est pas permise. La logique d’apprentissage est différente. Et le test est sans appel pour l’étudiant en droit administratif promus contrôleur de la légalité des marchés publics en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. Une expérience de douze semaines positive en tous points, de laquelle je retire un bénéfice immense.
Un stage effectué donc au sein du bureau du contrôle de la légalité des actes des collectivités territoriales,que l’on désignera par la suite par son acronyme : DRCT – la Direction des Relations avec les Collectivités Territoriales. Le contrôle de légalité était dans mon esprit l’incarnation du compromis entre «libre administration » des collectivités territoriales (principe énoncé à l’article 72 de la Constitution) et centralité du pouvoir étatique consacré par la forme « une et indivisible » de la République (article 1er de la Constitution). La loi du 2 mars 1982 relative aux droits et libertés des communes, des départements et des régions, en avait fait un contrôle des actes « a posteriori » par le préfet. Je ne m’étais jamais représenté la réalité du contrôle. Si je l’avais fait, ma représentation aurait été loin de la réalité effective : deux agents et demi en charge du traitement de caisses entières de marchés publics, trois agents en charge des centaines d’arrêtés de nomination quotidiennement acheminés par le service courrier. L’écart entre mon imaginaire « compromis» entre principes constitutionnels (et donc sacrés !) et la réalité de ce petit bureau au fond d’une aile du troisième étage était immense. Comment, en pareilles conditions, le préfet peut-il assurer un contrôle de la légalité des actes des collectivités territoriales efficace ? C’est avec cette interrogation que j’abordais mon expérience au sein de la division du contrôle des marchés publics. L’enjeu du contrôle n’étant (dans mon esprit) rien de moins que la garantie de grands principes de justice et d’égalité, par le biais du respect des règles de procédure de recrutement des agents, et de passation des marchés publics ; mon attention s’est donc naturellement portée sur les forces et les faiblesses du bureau dans l’accomplissement de ces missions.
La DRCT comporte quatre divisions. DRCT-1 affectée au contrôle de la légalité des marchés publics et de la fonction publique territoriale, DRCT - 2 à l’intercommunalité et aux finances locales, DRCT – 3 aux affaires scolaires, et enfin DRCT – 4 à l’urbanisme. Après avoir brièvement présenté dans un premier temps les DRCT 2, 3 et 4, nous nous focaliserons sur les attributions et le fonctionnement de la DRCT- 1, et notamment de sa section « marchés publics » au sein de laquelle diverses missions me furent confiées. La deuxième partie sera consacrée au descriptif de ces missions, un descriptif critique étayé d’exemples, au cours duquel nous tenterons de déterminer si le contrôle de légalité en matière de marchés publics est efficace dans les conditions de sa mise en œuvre à la Préfecture du Nord, et dans quelle mesure il peut être amélioré.
Dédicace à tous les étudiants ayant vécu une année d'échange, passés, présents, futurs.
Je m’en souviens très bien, comme si c’était hier, et pourtant, « hier », c’était il y a une éternité. La chaleur étouffante de ce premier jour de septembre et le chant des grillons. L’arrêt du train dans cette gare, l’arrivée aux portes de cette ville. Ces valises que l’on pose enfin, lassé de les avoir traînées depuis si loin. Je me souviens de la douceur du soir, le premier, et de la promenade nocturne dans ces rues mystérieuses – la première.
C’est fou ce qu’aujourd’hui peut ressembler à hier. Ce soleil, cette chaleur, et cette gare. Celle d’où je partirai. Sauf que je ne suis pas à la gare. Je suis assise sur les pavés de la Piazza del Campo. Le soleil descendant retire progressivement ses rayons de la place, et les badauds s’empressent d’envahir l’espace ombragé. Et pourtant, à la gare, j’avais bien prévu d’y aller, afin de réserver mon billet de train. Je suis bien sortie de la maison, mais au lieu de descendre à gauche, j’ai pris à droite, vers le centre, comme d’habitude. Par réflexe, inconsciemment sans doute. Mais lorsque je me suis rendue compte de mon erreur, je n’ai pas fait demi tour. J’ai continué à avancer sans raison. Avant même que je ne le comprenne, je suivais les traces de mes propres pas de cette fameuse nuit-là ; la première. Et me voilà assise sur la place, à essayer de comprendre. Où suis-je ? Sur le départ. C’est la fin, mais voilà deux mois que la date avait été fixée. Deux mois que j’avais mis à profit à m’habituer à l’idée. Je croyais y être arrivée, en avoir pris conscience. Et voilà que je me retrouve incapable de marcher vers la gare. Comme si accomplir l’acte, effectuer la réservation, rendait la chose officielle. Impérative. Concrète. Réelle. Inévitable. « La chose ! » : L’heure du retour.
Je me sens comme on se sent bien assis dans son fauteuil, finissant un bon livre. De ceux que l’on a vraiment aimé lire, et dont on aurait voulu qu’ils puissent durer pour encore quelques pages. De ceux que l’on aimerait ne pas avoir finis, pas tout de suite. Alors, au moment de les refermer, on ne se lève pas. On reste encore pendant quelques instants assis dans ce fauteuil, ce livre dans les mains. Et on savoure cet instant comme un moment présent, avant qu’il ne devienne un souvenir. On est bien. On laissera passer quelques temps, et puis, un de ces jours, juste pour le plaisir, on le relira, ce livre. Bien sûr, on ne retrouvera jamais la sensation de la première lecture. La découverte, l’attente, le suspense, l’appréhension. Les surprises, les rebondissements. La satisfaction d’un bon dénouement. Ce ne sera plus pareil. Ce ne seront que des souvenirs. Mais peu importe, parce qu’entre temps, on en aura lu d’autres.
Cette année aura été un de ces livres-là. Une histoire incroyable, des rencontres improbables, des événements rocambolesques, le tout sorti de l’immagination d’un auteur loufoque – ou d’un buveur d’absinthe. Et moi lectrice candide, je m’y suis laissée prendre. J’ai vécu chaque instant avec cette héroïne comme si j’y avais été. Je me suis attachée à tous les personnages, et je m’en sentais proche comme si j’avais partagé un épisode de leur vie. Je me suis laissée porter par le fil comme on se laisse envoûter par une mélodie, hyptoniser par un bon film. Et puis soudain, sans prévenir, le moment est arrivé de tourner la dernière page. C’est un véritable choc, une surprise qui n’aurait pas dû l’être. Mais il n’y a rien à faire à part…en profiter. Alors, j’en profite, assise au creux d’une des plus belles places du monde en lieu de fauteuil, je feuillète mes souvenirs en guise de pages. Bien sûr, à Sienne, je pourrais y revenir. Mais ce ne sera plus pareil. Il n’y aura plus toutes ces premières fois. En revanche, nombre de mes habitudes ont commencé à prendre des airs de « dernière fois » récemment. Dernière fois que j’assiste à un cours. Dernière fois que je petit-déjeune dans ce bar. Dernière fois que je sors de cette bibliothèque. Dernière fois que je passe un examen. Dernière fois que je vois telle personne. Dernière fois que je raconte un chapitre de mon année dans un billet.
Mais j’avance un peu vite en besogne, car l’année n’est pas finie. Il me reste dix jours de cette vie, dix jours dont je compte profiter au maximum. Et puis, il reste le Palio et les préparatifs des jours qui le précèdent. L’apothéose de cette année, en quelque sorte. Le bouquet final. Il s’agit de ne pas ternir ces derniers jours de l’amertude et de la nostalgie qu’inspire l’imminence du départ. Après tout, partir, c’est bien aller quelque part. Et il n’y a pas que des amis qui se quittent ; il y a aussi des gens qui se retrouvent, sur le quai d’une gare.
En vérité je n'ai aucune idée du titre du prochain James Bond. Tout ce que je sais, c'est que le blondinet en costard viendra faire un tour du coté de Sienne aux alentours du Palio (clavier italien, pas d'accent circonflexe. Deal with it.) D'authentiques prises avaient été faites à l'occasion du Palio de juillet 2007, qui avait vu vaincre la Contrada dell'Oca (L'oie, couleurs rouge, vert et blanc) Cependant, respect des traditions médiévales oblige, la production n'avait pas obtenu le droitde noyer la place de caméras ni d'utiliser un hélicoptère. Fin mars de cette année, les équipes de tournage sont revenues envahir la ville, la faisant passer pour un gigantesque studio en plein air. Un matin, alors que j'arrivai Orti di Tolomei comme à mon habitude, je découvris mon magnifique paysage ruiné par la présence de quatre grues tendant des cables au dessus des toits. Sans doute des travaux, ai-je alors pensé. Un soir que je revenais d'un diner, j'empruntai une rue un peu au hasard, et me retrouvai dans une situation des plus étranges : des façades factices avaient été construites et placées quelques mètres devant les façades authentiques. Etranges travaux de rénovation. Ou peut etre était-ce le diner qui avait été plus arrosé que je ne l'avais pensé. La réponse me vint le lendemain. Encore surprise du mystère de la veille, je voulus satisfaire ma curiosité. Et au pied d'une des grues, tout s'illumina : « SET CINEMATOGRAFICO » disait le panneau, une expression que chacun sera en mesure de comprendre, je pense. Voilà qui explique les grues et les cables, les batiments factices et les nouvelles règles de circulation. Le jeu, à partir de ce moment, a consisté a éviter les équipes du tournage dans leurs déplacements. Pendant une bonne semaine, ils étaient occupés à monter une cascade à base de combats sur le toit d'un bus aux confins de la Via Pantaneto. Puis, l'action s'est déplacée sur les toits de la ville, pour une course pousuite aérienne. En ces jours, il était fréquent de croiser des hordes d'américaines et d'anglaises à la poursuite de Daniel Craig. Il était aussi fréquent de les entendre raconter leur déception quand elles se rendaient compte que le type blond en costard qui avait sauté du bus était le cascadeur doublure de l'acteur, et non la star elle-même. Puis, le tournage a continué dans les rues de la ville. C'est à ce moment là que la cohabitation est devenue difficile. Au hasard des rues, on pouvait se heurter à un employé en veste de chantier jaune fluo, à l'amabilité du videur du boite. « ça va pas etre possible. » « Et… ça va pas etre possible pendant combien de temps ? » Derrière lui, une horde d'employés s'affaire entre micros et caméras. Tous reconnaissable au badge « 007-Crew » suspendu à leur cou. Fort bien, je fais un détour. « SET CINEMATOGRAFICO – VIETATO L'ACCESSO » Ah ! Laissez moi deviner… ça va pas etre possible ? Les tension ont atteint leur paroxysme aux alentours du 15 mai. Je descendais sur la Piazza del Campo par un beau matin, me dirigeant de très bonne heure vers la bibliothèque (véridique, j'allais prendre un café dans un bar vers la bibliothèque) quand je découvris la place sous un nouveau visage. Des barrières en bois avaient été disposées tout autour de la Place, ne laissant que quelques ouvertures afin de permettre un passage en diagonale. L'après midi, des gradins à l'allure médiévale avaient été montés devant le Palazzo Pubblico. Le lendemain (toujours sur mon chemin vers la bibliothèque), le coté horizontal de la place avait étéensablé. Corrigez moi si je me trompe, mais il n'est pas nécessaire d'avoir vécu un Palio pour deviner ce que ce décor est censé inspirer. Mais le Palio n'est pas un décor de cinéma. Pour les gens d'ici, c'est l'apothéose d'une année de préparation, d'attente et de tensions. « La Terra in Piazza » est un événement sacré, un véritable rituel. Amener la terre sur la place comme pour le Palio mais simplement pour quelques prises de vues n'est rien de moins qu'un sacrilège. Le surlendemain, la place n'était plus accessible. Alors que les équipes avaient auparavant colonisé la Piazza del Mercato, s'en faisant leur camp de base, en ce jour le front avait avancé sur la plus belle place du monde. Tentes, camionnettes, caméras, rails, grues pour les prises aériennes, un véritable saccage artistique du lieu sacré. Dans les tribunes, une horde de jeunes en collants et costumes d'époque ; il y a fort à parier que seuls les jeunes ont bien voulu se preter au jeu, les anciens ayant sans aucun doute refusé de participer à cette mascarade-sacrilège. Sur la place, une cent-cinquantaine de figurants, payés à hurler à tue-tete afin de recréer la folie populaire de l'événement.Toujours en quete de bibliothèque, j'évitais le bazar de la grande place en passant par sa petite jumelle, la piazza del mercato, délaissée de ses occupants. De tous, sauf le plus intéressant : une voiture de sport noire passablement amochée. Mais la tente de protection et le garde du corps à l'amabilité caractéristique trahissent la supercherie ; la voiture n'est pas amochée, elle est « maquillée ». Et le panneau « NO PHOTO PLEASE » confirme implicitement qu'il s'agit bel et bien de LA voiture de l'agent secret, à un stage avancé de destruction. (L'absence de portière avant gauche suggère une sortie en plein vol). Le lendemain, je trouvais la Piazza del Campo déserte, comme à l'accoutumée ; à la bonne heure. Suivant mon parcours habituel, je m'engageai dans la Duprè, ascendante jusqu'à l'Orti di Tolomei. Perdue dans mes pensées, mal réveillée, je remarque à peine que la rue semble bien plus peuplée que d'ordinaire, notamment pour un vendredi matin à huit heures et quelques. C'est alors que je reconnus le caractéristique badge au cou d'une jeune femme arretée, un café à la main. « 007-CREW ». Mauvais signe. Je sens que « ça va pas etre possible »… La rue prend un sec virage à gauche, avant d'accuser une pente sévère. Une cote étonnament vide maintenant que j'y pense. D'ordinaire, il y a des voitures garées sur la droite, et d'autres qui passent constamment sur la gauche, cette rue étant une des rares ouvertes à la circulation automobile. Arrivée au porche qui marque la fin de la Dupré, surprise ! Toute l'équipe est en place pour la prise de vue ; c'est la « descente des marches » à l'envers. Bien m'en a pris de m'en aller vers la bibliothèque en ces heures matinales, une demi heure plus tard, l'accès aurait été coupé pour cause de tournage de scène de crash. Quelque chose me dit que la folle course poursuite dans les rues de Sienne devrait finir quelque part au sommet de la Duprè ; peut etre meme au dessus de la fontaine de l'Onda si les angles de disposition des caméras ne m'ont pas menti. Ce cirque a duré plus d'un mois et demi. C'était amusant au début, mais très lassant sur la fin, pour tout le monde. La file interminable des camions qui engorgent la Piazza del Mercato, les barrières-surprises bloquant les rues au hasard des prises étaient autantde réjouissances collatérales qui rendaient totalement incompréhensible l'exaspération des autochtones. Ce sont, au contraire, les techniciens de set qui sont les plus hargneux et agressifs, et à juste raison d'ailleurs ! Ils essayent de bosser, merde, et les gens n'arretent pas de se mettre dans le passage, prétextant d'habiter dans la rue ! C'est lassant. En résumé, l'exaspération des uns et la lassitude des autres ne font pas bon ménage. Il était temps que cela cesse ! Que ces manants otent leur chantier de mon parcours quotidien, et leurs sales grues de mon paysage !
Certains auront noté que l'information la plus excitante de ce mail n'a rien à voir avec James Bond, mais plutôt avec le fait que je me dirige quotidiennement vers la bibliothèque à une heure matinale indécente. Elle est folle ou elle bluff ? Ni l'un, ni l'autre. Elle vérifie une fois de plus la constance de la morale de l'indémodable fable ; l'Erasmus ayant festoyé toute l'année se trouva fort dépourvue lorsque l'heure des examens fut venue. Un classique dont on ne se lasse pas. Droit consitutionnel italien et comparé le 11 juin, droit administratif le 12, droit du travail italien le 17, droit de l'union européenne le 23. Une cadence digne de la première session du premier semestre de deuxième année, et pas de cours de socio ou d'éco sur lesquels on pourrait impunément faire l'impasse. Que du droit, matière dans laquelle « meubler » ne fonctionne guère. Je ne cherche ni compassion ni pitié, comme vous l'aurez déduit vous-meme, je l'ai bien cherché ! Je l'ai d'ailleurs cherché plus loin en m'infligeant un cours d'espagnol, comme si tout cela ne suffisait pas à m'occuper de l'aube au crépuscule. A ceux qui sont à la recherche de sensations fortes, je ne saurais que recommander l'apprentissage d'une langue étrangère dans une langue étrangère. Résulat garanti. Vous coupez tout lien avec votre langue maternelle, votre langue naturelle. Vous obligez votre cerveau à jongler avec les concepts UNIQUEMENT, sans pouvoir à coup sur mettre un mot dessus. Vous comprenez le mot en espagnol, vous ne connaissez pas l'équivalent italien, vous ne vous souvenez pas du francais. Et vous voilà en possession d'un mot qui désigne un concept connu, simplement, vous avez oublié le mot francais qui désignais ce concept. Le schéma traditionnel de traduction instané « j'entends – je comprends » se complique d'une étape en langue étrangère : « j'entends – je traduis – je comprends ». De langue étrangère à langue étrangère, le schéma n'est plus valable. « j'entends – je saisi le sens ». Il m'était déjà arrivé de mélanger des langues étrangères ; on traduit un anglicisme, ou vice et versa, qui ne l'a jamais fait ? Il ne m'était jamais arrivé de mélanger deux langues étrangères sans m'en rendre compte. On me parle espagnol, je réponds du tac au tac ; « en espagnol s'il te plait Clémence » me demande la prof. Je la regarde confuse ; n'ai-je pas répondu en espagnol ? C'était de l'italien. Chaque heure de cours est une véritable torture intellectuelle. Six heures hebdomadaires, et j'en sors lessivée, incapable de parler. Mon cerveau ne sait pas quelle langue choisir, ma bouche ne sait pas quelle prononciation articuler. Une bonne demi heure de silence et je retrouve la capacité à choisir « une chaine ». Tout le monde me répète que les langues étrangères, c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas. Une comparaison à laquelle j'adhère sans réserve, si on file la métaphore : le vélo ne s'oublie pas, mais qui s'en va en faire trente kilomètre après un an d'inactivité s'expose à de sérieuses douleurs musculaires. Le vélo demande un entrainement régulier et progressif. Une constance dans l'effort. Il en va de meme pour les langues étrangères ; après un an d'immersion totale en italien, et autant d'absence de pratique de l'espagnol, je sens que l'ascension du col va tirer sur les mollets. Examen écrit le 3, oral le 9. L'oral porte sur un livre à lire en ITALIEN (voilà qui va m'etre d'une aide précieuse dans mon effort de ne PAS mélanger les deux langues…) et sur un cours portant sur… le journalisme espagnol. C'est là que le bat blesse. J'aurais pu, je pense, mettre de coté mon vif ressentiment vis-à-vis des charlatans de l'information, si on ne m'obligeait pas en parallèle à SUIVRE l'actualité espagnole sur les journaux en ligne. Pire encore, on me demande de choisir un thème traité sur plusieurs jours par différents périodiques, et rédiger un commentaire-synthèse de cinq à sept pages (en espagnol, cela va sans dire). Là, rien ne va plus. C'est comme si on me demandait de travailler pour un cours, ce qui dépasse le domaine du ridicule pour flirter avec l'inacceptable. Où va-t-on, je vous le demande un peu. Blague à part, cette fumisterie me demande un effort considérable, et j'ais d`autres chats à fouetter si vous me passez l'expression. J'ai un springbreak en Calabre à venir, coup d'envoi mercredi soir, et prolongation des festivités jusqu'à dimanche soir. Et oui, malgré le tournage de James Bond, malgré l'avalanche d'examens, MALGRE le journalisme espagnol et les tortures linguistiques, la vie à l'italienne reste un long fleuve tranquille où les erasmus coulent des jours heureux… En toute impunité.
Mon ordinateur privé d'écran a décider de rester retranché dans cet état fort peu coopératif. J'ai donc le choix entre l'ordinateur de ma colocataire, qui a l'inconvénient d'etre finnois et de me parler dans une langue illisible, ou les ordinateurs de la fac, astucieusement dotés d'une « CYBER PATROL » apparemment configurée pour bloquer Facebook, iGoogle, et tous les sites funs.
Mais heureusement, les sites des journaux espagnols sont accessibles. La vie est mal faite.
A un de ces quatre
C.
PS : conjugaison des verbes au passé simple, courtesy of http://www.la-conjugaison.fr/ . Je ne sais pas le conjuguer en français, mais sans problème en espagnol et en italien. La classe ou pas ?